Changer ses plaquettes de frein, ça peut faire un peu peur la première fois. On touche quand même au système qui doit vous arrêter net quand un gamin déboule entre deux voitures… Mais avec la bonne méthode, un peu de rigueur et du temps devant soi, c’est tout à fait à la portée d’un bricoleur soigneux.
On va voir ensemble comment remplacer ses plaquettes de frein « comme un pro », sans se mettre en danger, ni vous, ni votre voiture. L’idée : un pas-à-pas clair, quelques astuces de chantier, et surtout les bons réflexes sécurité.
Comprendre rapidement ce que vous faites (et pourquoi)
Avant de sortir la caisse à outils, deux mots sur le système de freinage. Pas besoin d’un cours d’ingénierie, juste le minimum vital pour ne pas bricoler à l’aveugle.
Sur la plupart des voitures modernes, on trouve des freins à disque à l’avant (et souvent à l’arrière aussi) :
- Le disque : une grosse rondelle métallique solidaire de la roue. Il tourne.
- Les plaquettes : deux « blocs » de friction, qui viennent pincer le disque quand on freine.
- L’étrier : la pièce qui serre les plaquettes contre le disque grâce à la pression hydraulique.
Quand vous appuyez sur la pédale :
- Le liquide de frein met les pistons sous pression,
- Les pistons poussent les plaquettes,
- Les plaquettes frottent sur le disque,
- Et votre voiture ralentit (normalement).
Les plaquettes s’usent donc petit à petit. Si vous les laissez aller trop loin, vous risquez :
- De rallonger fortement vos distances de freinage,
- D’abîmer vos disques (et là, l’addition pique),
- De perdre en sécurité, surtout en cas d’urgence.
Autrement dit : les plaquettes, ça se surveille et ça se remplace avant d’être « au fer ».
Quand faut-il changer ses plaquettes de frein ?
Il y a plusieurs signes qui doivent vous mettre la puce à l’oreille :
- Voyant au tableau de bord : sur beaucoup de voitures, un témoin s’allume quand les plaquettes sont très usées.
- Bruit métallique au freinage : si vous entendez un grincement ou un crissement prononcé, surtout à bas régime, il est temps de regarder.
- Épaisseur visible : en regardant à travers les jantes (ou en démontant la roue), si la garniture de la plaquette fait moins de 3 mm, on remplace.
- Pédale plus molle ou freinage moins mordant : ça peut venir des plaquettes, mais aussi d’autre chose. Dans le doute, contrôle complet.
Si vous récupérez une voiture d’occasion sans historique clair, un petit contrôle visuel des plaquettes et des disques fait partie des vérifications de base.
Sécurité avant tout : ce qu’il faut absolument respecter
On parle ici d’un organe de sécurité vitale. Alors oui, on peut le faire soi-même, mais pas « à l’arrache ».
Quelques règles non négociables :
- Travailler sur sol plat et dur (béton, enrobé, dalle). Oubliez la pelouse ou les graviers.
- Utiliser un cric adapté et des chandelles. On ne travaille jamais sous une voiture soutenue uniquement par un cric.
- Tirer le frein à main (ou position P sur boîte auto) et caler les roues qui restent au sol avec des cales ou des cales en bois solides.
- Porter des gants et si possible des lunettes : la poussière de frein n’est pas un truc qu’on a envie de respirer ou de se mettre dans les yeux.
- Ne pas appuyer sur la pédale de frein quand un étrier est démonté : sinon vous sortez le piston et là, c’est une autre histoire…
Si à un moment vous ne vous sentez pas sûr de vous, rien n’empêche de remonter proprement et d’aller voir un pro. Mieux vaut ça qu’une frayeur sur la route.
Le matériel nécessaire pour changer ses plaquettes
Pour faire le job proprement, préparez :
- Un cric hydraulique (idéalement) et au moins deux chandelles.
- Une clé démonte-roue ou une clé à choc (si vous êtes équipé).
- Un jeu de clés : clé plate, à pipe ou douilles (souvent 13, 15, 17 mm selon les modèles).
- Un repousse-piston dédié ou un gros serre-joint robuste.
- Tournevis plat ou petit levier pour dégager certains éléments (sans forcer comme un bourrin).
- Brosse métallique pour nettoyer les supports de plaquettes.
- Graisse spéciale frein (haute température, sans cuivre sur certains systèmes avec ABS).
- Chiffons propres.
Et bien sûr :
- Le jeu de plaquettes neuves, adapté exactement à votre modèle (référence via immatriculation ou n° de série chez un fournisseur fiable).
Astuce de vieux bricoleur : gardez une boîte ou un carton à côté pour poser les vis dans l’ordre et éviter d’en perdre une dans le gravier.
Préparation du véhicule et accès à l’étrier
On attaque le concret. On prend l’exemple des plaquettes à l’avant (les plus courantes à changer).
1. Desserrer légèrement les écrous de roue
Avant de lever la voiture :
- Desserrer (mais sans les enlever) les écrous de la roue d’un quart de tour, roue au sol,
- Ça évite que la roue tourne dans le vide une fois en l’air.
2. Lever la voiture et la sécuriser
- Placez le cric au point prévu par le constructeur (souvent indiqué par une flèche sous le bas de caisse).
- Levez jusqu’à ce que la roue soit décollée.
- Placez une chandelle sous un point solide du châssis, puis redescendez très légèrement le cric pour que le poids repose sur la chandelle.
- Laissez le cric en soutien, juste au cas où.
3. Déposer la roue
Finissez de dévisser les écrous, retirez la roue, et posez-la sous la voiture, à côté du cric. Ça rajoute un élément de sécurité supplémentaire.
Démontage des anciennes plaquettes de frein
Vous avez maintenant l’étrier et le disque sous les yeux.
1. Identifier les vis de l’étrier
Sur la plupart des modèles, l’étrier est maintenu par deux vis (ou boulons) à l’arrière. Ce sont celles qu’il faut desserrer pour basculer ou retirer l’étrier.
2. Retirer l’étrier
- Desserrer les deux vis d’étrier (en notant leur emplacement).
- Basculer l’étrier vers le haut ou le sortir complètement, selon la conception.
- Ne pas laisser l’étrier pendre par le flexible de frein : suspendez-le avec un fil de fer, un tendeur ou posez-le sur quelque chose de stable.
3. Retirer les anciennes plaquettes
- Les plaquettes se retirent en général en les tirant vers l’extérieur ou en les déclipsant.
- Notez bien leur position et le sens de montage (photo au smartphone recommandée).
Profitez-en pour jeter un œil à l’état du disque :
- S’il est très creusé, rainuré, ou avec un gros rebord, il sera peut-être à remplacer ou à rectifier.
- S’il est bleu/violet par endroits, c’est signe de surchauffe.
Repousser le piston d’étrier comme un pro
Les nouvelles plaquettes sont plus épaisses que les anciennes, donc il faut repousser le piston au fond de son logement.
1. Vérifier le niveau de liquide de frein
- Ouvrez le capot et localisez le bocal de liquide de frein.
- Si le niveau est déjà au max, prévoyez d’en retirer un peu à la seringue ou à la petite poire, car en repoussant les pistons, le niveau va monter.
2. Repousser doucement le piston
- Placez une vieille plaquette contre le piston pour répartir la pression.
- Avec un repousse-piston ou un serre-joint, poussez doucement jusqu’à ce que le piston soit bien rentré.
- Allez-y progressivement, sans à-coups.
Sur certains systèmes à l’arrière (frein de parking intégré dans l’étrier), le piston doit être à la fois poussé et tourné avec un outil spécifique. Dans ce cas, référez-vous impérativement à la procédure de votre modèle.
Montage des nouvelles plaquettes
C’est là que la propreté compte : des plaquettes bien montées, c’est un freinage régulier et silencieux.
1. Nettoyer les supports
- Avec la brosse métallique, nettoyez les zones où les plaquettes glissent (guides, supports).
- Retirez la poussière de frein avec un chiffon (évitez de souffler à la bouche).
2. Appliquer un peu de graisse
- Mettre une fine pellicule de graisse spéciale frein sur les zones de contact métal/métal (dos de la plaquette, guides).
- Ne jamais mettre de graisse sur la surface de friction des plaquettes ou du disque. Jamais.
3. Mettre en place les nouvelles plaquettes
- Positionnez les plaquettes dans leurs logements comme étaient les anciennes.
- Assurez-vous qu’elles coulissent librement sans jeu excessif.
4. Reposer l’étrier
- Rabaissez l’étrier sur les plaquettes.
- Remettez les vis d’étrier avec le couple de serrage recommandé si vous avez une clé dynamométrique (sinon, serrez fermement sans arracher le filetage).
Répétez l’opération de l’autre côté du véhicule. On change toujours les plaquettes par essieu (gauche + droite), jamais d’un seul côté.
Remontage de la roue et vérifications essentielles
1. Reposer la roue
- Remettez la roue sur le moyeu,
- Vissez les écrous à la main d’abord, en croix.
2. Redescendre la voiture
- Remontez légèrement au cric pour soulager la chandelle.
- Retirez la chandelle.
- Redescendez complètement la voiture au sol.
3. Serrer les écrous de roue
- Serrez les écrous en croix, progressivement.
- Si vous avez une clé dynamométrique, appliquez le couple préconisé par le constructeur.
4. Pomper sur la pédale de frein
Avant de démarrer :
- Appuyez plusieurs fois sur la pédale de frein jusqu’à ce qu’elle devienne ferme.
- C’est crucial : les pistons doivent reprendre appui sur les plaquettes, sinon vous n’aurez presque pas de frein au premier appui.
Ensuite, vérifiez le niveau de liquide de frein et ajustez si besoin (sans dépasser le maxi).
Les erreurs classiques à éviter
Quelques pièges courants qui peuvent gâcher le travail :
- Oublier de pomper la pédale avant de rouler : première pression dans le vide, ça surprend très moyennement.
- Toucher les surfaces de friction avec les doigts gras : l’huile ou la graisse sur les plaquettes ou disques, c’est perte d’efficacité et risques de bruit.
- Ne pas serrer correctement les vis d’étrier : trop peu, ça peut se desserrer ; trop fort, on abîme le filetage.
- Monter des plaquettes de mauvaise référence : jeu excessif, bruit, usure prématurée, voire montage impossible.
- Oublier de remettre un ressort ou une agrafe : ce n’est pas décoratif, ça sert à limiter les vibrations et le bruit.
Rodage des nouvelles plaquettes : à ne surtout pas négliger
Une fois les plaquettes neuves en place, ce n’est pas le moment d’aller tester le 0–100 en freinage d’urgence. Les surfaces doivent se « marier » en douceur.
Durant les 300 à 500 premiers kilomètres :
- Évitez les freinages brusques et prolongés,
- Privilégiez des freinages modérés mais répétés,
- Ne restez pas le pied appuyé longtemps à l’arrêt après un gros freinage (risque de marquage du disque).
Un bon rodage, c’est un freinage plus mordant, plus régulier et des plaquettes qui durent plus longtemps.
Quand il vaut mieux laisser la main à un professionnel
Même si changer ses plaquettes est à la portée d’un bricoleur sérieux, il y a des situations où le passage chez un pro est plus sage :
- Vous constatez une fuite de liquide de frein sur un étrier ou un flexible.
- Les disques sont très usés, fissurés ou déformés.
- Vous avez un système complexe (frein électrique, frein de parking intégré sophistiqué, ABS/ESP très intrusif) et aucune doc sous la main.
- Vous n’êtes pas sûr d’avoir tout remonté correctement ou un bruit vous inquiète.
Rien n’empêche de faire une grosse partie du boulot vous-même (démontage/remontage roues, nettoyage, etc.) et de demander à un garagiste de contrôler le montage final. C’est même une bonne façon d’apprendre.
Un dernier mot pour la route
Changer ses plaquettes de frein, ce n’est pas juste une histoire d’économie. C’est aussi une manière de mieux comprendre sa voiture, de prendre en main sa sécurité et de gagner en autonomie, un peu comme quand on pose sa première cloison ou qu’on refait seul son tableau électrique.
En respectant les bases :
- Un support stable et sécurisé,
- Les bons outils,
- Une méthode rigoureuse sans précipitation,
- Et un contrôle sérieux avant de reprendre la route,
vous pouvez faire un travail propre et fiable, digne d’un pro. Et la prochaine fois que quelqu’un vous dira « changer des plaquettes, c’est trop compliqué », vous saurez que non… à condition de le faire comme il faut.
Alors, à votre cric, et bon chantier mécanique !


