Quand on parle d’isolant biosourcé, on entend souvent tout et son contraire sur la laine de bois et la fibre de bois. Certains artisans ne jurent que par l’une, d’autres par l’autre… et au milieu de ça, tu as ton chantier à avancer, ton budget à respecter, et ta maison à garder confortable été comme hiver.
Alors, laine de bois vs fibre de bois : qui isole le mieux ? Et surtout, qu’est-ce que ça donne en vrai, sur chantier, pas juste dans un tableau de fabricant ? On va regarder ça ensemble, avec un œil de bricoleur qui a déjà transpiré sous les rampants un 15 août et grelotté dans un comble non isolé en plein mois de janvier.
Laine de bois vs fibre de bois : de quoi parle-t-on exactement ?
Déjà, petit point vocabulaire, parce que les termes sont souvent mélangés, même chez les pros.
Laine de bois : ce sont des panneaux ou des rouleaux isolants souples, voire semi-rigides, fabriqués avec des fibres de bois défibrées, collées et souvent légèrement comprimées. On les utilise beaucoup :
- en isolation de rampants (combles aménagés),
- en cloison intérieure,
- en doublage de murs entre montants (ossature bois ou rail métallique),
- dans les planchers entre solives.
Fibre de bois : en général, on parle plutôt de panneaux rigides ou semi-rigides à haute densité. C’est toujours du bois, mais compacté beaucoup plus fort. On les trouve :
- en isolation par l’extérieur (ITE),
- en sarking sur toiture (panneaux au-dessus des chevrons),
- en sous-couche de toiture (panneaux support de couverture),
- en isolation phonique sous chape ou sous parquet (pour certains produits).
En gros, laine de bois = plutôt souple, à mettre entre montants. Fibre de bois = plutôt rigide, à poser en continu, souvent en extérieur ou en deuxième couche.
Et maintenant qu’on a posé les bases, on va parler performances, celles qui se sentent vraiment dans la pièce, pas juste sur le papier.
Performances thermiques : qui garde le mieux la chaleur ?
Les fabricants affichent surtout la conductivité thermique λ (lambda). Plus λ est faible, plus l’isolant est performant à épaisseur égale.
Sur la laine et la fibre de bois, on est généralement dans ces eaux-là :
- Laine de bois : λ autour de 0,036 à 0,040 W/m.K
- Fibre de bois haute densité : λ autour de 0,038 à 0,046 W/m.K
À première vue, la laine de bois semble un peu meilleure à épaisseur équivalente. Mais ce serait trop simple de s’arrêter là.
Parce qu’en réalité, ce qui compte, ce n’est pas juste le chiffre du lambda, c’est aussi :
- la mise en œuvre (ponts thermiques, joints, continuité),
- la densité,
- et surtout le déphasage thermique, capital en été.
Sur un mur ou une toiture, la fibre de bois dense en panneaux rigides va souvent être utilisée en couche continue, sans interruption (ou presque). Résultat : moins de ponts thermiques que si tu ne mets que des panneaux souples entre montants. Et ça, sur un chantier, ça change tout.
En pratique :
- La laine de bois entre montants va assurer une bonne isolation hivernale, surtout si tu soignes la pose et l’étanchéité à l’air.
- La fibre de bois en panneaux rigides va offrir une très bonne isolation globale dès qu’elle est posée en barrière continue, en complément.
L’astuce de beaucoup d’artisans (et la mienne sur plusieurs chantiers) : combiner les deux. Laine de bois en remplissage, fibre de bois en continu par-dessus. Tu profites du meilleur des deux mondes.
Déphasage thermique : la bataille de l’été
Le déphasage, c’est le temps que met la chaleur extérieure à traverser ton isolant pour arriver à l’intérieur. Plus c’est long, plus tu es à l’aise l’été.
C’est là que la densité fait la différence, et la fibre de bois dense commence à bien tirer son épingle du jeu.
Ordre de grandeur :
- Laine de bois : densité autour de 30 à 60 kg/m³
- Fibre de bois rigide : densité autour de 110 à 200 kg/m³ (voire plus selon produits)
Sur un chantier de rénovation de combles que j’ai fait il y a quelques années, on avait :
- ancien doublage en placo + laine minérale,
- remplacement par 200 mm de laine de bois entre chevrons + 60 mm de fibre de bois en sarking côté extérieur.
Avant travaux, les chambres sous les toits montaient facile à 30–32°C dès qu’il tapait un peu. Après la combinaison laine + fibre de bois, même avec des 35°C dehors, on restait à 25–26°C sans clim. La conductivité n’avait pas explosé vers le bas, non : c’est le déphasage apporté par la fibre de bois dense qui change la vie.
À retenir pour l’été :
- La laine de bois seule est déjà meilleure qu’une laine minérale classique sur le confort d’été.
- La fibre de bois dense en toiture (sarking ou sous couverture) est un vrai bouclier thermique contre les surchauffes.
- Tu veux une maison vraiment agréable l’été ? Combine laine de bois (épaisseur) + fibre de bois (densité).
Performances acoustiques : laquelle calme mieux le voisinage ?
Côté acoustique, on parle de deux choses :
- Affaiblissement acoustique : ça limite les bruits qui passent d’une pièce à l’autre ou de l’extérieur vers l’intérieur.
- Absorption acoustique : ça limite la réverbération dans une pièce (le côté “caisse de résonance”).
Les deux, laine de bois et fibre de bois, sont plutôt bonnes élèves, mais pas pour les mêmes usages.
Laine de bois (souple) :
- Très bonne en remplissage de cloison (type ossature métallique ou bois),
- efficace pour casser les bruits aériens (voix, télé, etc.),
- agréable pour les planchers entre étages (dans les solives) pour limiter les bruits de conversation.
Fibre de bois (panneaux denses) :
- Intéressante sous parquet ou sous chape pour limiter certains bruits d’impact,
- utile en parement continu pour renforcer l’affaiblissement acoustique d’un mur,
- très performante en bardage extérieur isolant pour diminuer les bruits venant de la rue.
Sur un chantier de cloison de séparation entre deux chambres d’ado (le genre qui écoute du son un peu fort…), j’avais monté une ossature double avec 45 mm de chaque côté, remplie intégralement de laine de bois semi-rigide, double peau de plaque de plâtre. Le résultat était franchement bluffant pour de l’auto-réno. La fibre de bois aurait été moins pratique à intégrer dans cette configuration.
À l’inverse, pour un mur mitoyen léger en rénovation, mise en place d’un doublage intérieur avec montants désolidarisés + panneau de fibre de bois dense en continu derrière, puis laine de bois dans l’ossature : grosse amélioration sur les bruits du voisin.
En acoustique comme en thermique, la magie, c’est souvent la combinaison :
- fibre de bois dense en couche continue pour le “blindage”,
- laine de bois souple en remplissage pour casser les ondes sonores.
Sur chantier : maniabilité, découpe et pose
Les fiches techniques, c’est bien. Mais sur un escabeau avec la transpiration qui coule dans le dos, ce qui compte, c’est : est-ce que ça se coupe bien, est-ce que ça tient, est-ce que je passe mon temps à jurer ?
Laine de bois :
- Se coupe à la scie isolant, scie égoïne à grosses dents, couteau spécifique ou scie sabre.
- Souple, donc parfait pour épouser les irrégularités d’une ossature bois.
- Se comprime légèrement : tu peux la “caler” entre les montants et elle tient en place seule dans beaucoup de cas.
- Un peu poussiéreuse à la découpe, masque recommandé (mais ça reste plus agréable que la laine de verre niveau gratouillis).
Fibre de bois rigide :
- Se découpe à la scie circulaire, scie sauteuse ou scie égoïne (mais il faut un peu de poignet).
- Plus lourde et plus encombrante : à deux pour les grands panneaux en toiture, ce n’est pas du luxe.
- Parfaite pour avoir une surface plane et solide (sarking, sous-toiture, ITE).
- Peut servir de support d’enduit sur certains systèmes (ITE), ce qui évite des couches supplémentaires.
En résumé sur la pose :
- Laine de bois : idéale pour l’intérieur, entre montants, pour le second œuvre accessible au bon bricoleur.
- Fibre de bois : plutôt pour des gros chantiers d’enveloppe (toiture, façade), souvent en duo avec un pro ou un bon copain costaud et une scie circulaire bien affûtée.
Comportement à l’humidité et à la vapeur d’eau
Les deux matériaux sont hygroscopiques, c’est-à-dire qu’ils peuvent absorber et relarguer de l’humidité. C’est une bonne chose pour le confort intérieur et pour la longévité de la structure, à condition de ne pas faire n’importe quoi avec les pare-vapeur.
Quelques points clés :
- La laine et la fibre de bois peuvent absorber un peu d’humidité sans se dégrader immédiatement, mais ce n’est pas une raison pour les laisser en contact prolongé avec de l’eau liquide.
- En toiture, on utilise souvent un frein-vapeur hygrovariable côté intérieur, surtout avec des isolants biosourcés.
- Les panneaux de fibre de bois peuvent jouer un rôle de pare-pluie perspirant dans certains systèmes de toiture ou de façade, tout en laissant migrer la vapeur.
Sur plusieurs chantiers bois que j’ai pu voir vieillir, la fibre de bois en sous-toiture a très bien tenu dans le temps, à condition de respecter le bon chevauchement, l’étanchéité au vent, et une ventilation de la couverture. Une fuite prolongée de toiture, par contre, finit toujours par faire du dégât, isolant biosourcé ou pas.
Impact écologique et confort “ressenti”
Les deux matériaux sont issus du bois, donc on est sur des isolants biosourcés avec un bilan carbone largement meilleur que les isolants pétrochimiques.
En général :
- Laine de bois : plus légère, souvent issue de chutes de scieries, stocke du carbone.
- Fibre de bois : un peu plus transformée, mais toujours à base de bois, très bon bilan sur la durée de vie du bâtiment.
Niveau confort, on sent une vraie différence par rapport à des isolants minéraux :
- Ambiance intérieure plus “douce”, moins de sensation de paroi froide.
- Sensation thermique plus stable : moins de yoyos de température entre jour et nuit.
- Et pour le bricoleur : manipulation moins irritante (même si masque et lunettes restent une bonne idée).
Choisir entre laine de bois et fibre de bois selon ton chantier
Pour t’aider à trancher sans y passer la soirée, quelques cas concrets.
Tu rénoves des combles aménagés par l’intérieur :
- Laine de bois entre chevrons (en 200 mm, 240 mm, voire plus si possible).
- Si tu peux, ajoute une couche de fibre de bois (40–60 mm) côté extérieur ou sous chevrons pour le confort d’été.
Tu poses une ITE (isolation thermique par l’extérieur) sur un mur de maison :
- Fibre de bois rigide en panneaux haute densité, adaptée à l’enduit ou au bardage.
- Laine de bois possible en complément côté intérieur, mais pas indispensable si l’ITE est bien dimensionnée.
Tu veux améliorer l’acoustique entre deux pièces :
- Ossature désolidarisée + remplissage en laine de bois,
- double peau de plaques de plâtre,
- et si vraiment tu veux pousser, une couche de fibre de bois mince en continu derrière l’ossature du côté le plus bruyant.
Tu refais entièrement la toiture d’une maison :
- Sarking en panneaux de fibre de bois haute densité (80 à 120 mm ou plus),
- complété éventuellement par de la laine de bois entre chevrons côté intérieur pour atteindre les résistances thermiques visées.
Niveau budget : lequel coûte le plus cher ?
Les prix varient selon les marques, mais en général :
- À performance thermique équivalente, la laine de bois est souvent un peu moins chère que la fibre de bois haute densité.
- La fibre de bois rigide est plus chère au m², mais elle assure plusieurs fonctions à la fois (isolation, support de finition, confort d’été, parfois pare-pluie).
Ce qui compte, c’est le coût global du système (isolant + structure + revêtement + main-d’œuvre), pas seulement le prix du panneau. Un sarking en fibre de bois peut paraître cher sur la facture d’isolant, mais te faire gagner un temps fou en pose et en traitement des ponts thermiques, donc être rentable sur la durée.
Alors, laine de bois ou fibre de bois : que retenir ?
Si on devait résumer en mode chantier :
- Laine de bois : ton alliée pour l’isolation intérieure, facile à poser, bonne acoustique, très correcte en thermique, surtout l’hiver.
- Fibre de bois : le bouclier dense pour l’extérieur et les fortes chaleurs, excellent en confort d’été, très utile en toiture et en façade.
Et dans la vraie vie, sur les chantiers où on vise à la fois le confort d’hiver, celui d’été, et une maison agréable à vivre, la meilleure solution, c’est souvent :
- laine de bois + fibre de bois, chacune à sa place, chacune dans son rôle.
Si tu as un projet précis (rénovation de combles, ITE, cloison acoustique), n’hésite pas à réfléchir en termes de composition globale plutôt que de chercher l’isolant “miracle”. Sur un mur ou une toiture, ce sont toutes les couches qui travaillent ensemble.
Et surtout, n’oublie pas : même le meilleur isolant du monde mal posé donnera un résultat médiocre. Prends le temps de soigner les découpes, les jonctions, l’étanchéité à l’air et la gestion de la vapeur. C’est là que tu gagneras tes degrés de confort… et quelques bières de fierté à la fin du chantier.


